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Thrène XVI → ← Thrène XIV

Spis treści

      Jan KochanowskiThrènesThrène XVtłum. Wacław Gasztowtt

      Ô toi, blonde Erato, toi, lyre enchanteresse,
      Qui des cœurs déchirés consolez la détresse,
      Apaisez un instant mon esprit affligé,
      Tant qu'en un froid rocher je ne suis pas changé,
      Versant des pleurs de sang à travers cette pierre
      Au cruel souvenir de ma douleur de père.
      Est-ce erreur? ou l'aspect des souffrances d'autrui
      Nous laisse-t-il plus froids que notre propre ennui?
      Ô mère malheureuse (en effet qui s'abuse
      Soi-même, c'est toujours le malheur qu'il accuse),
      Tes filles et tes fils que sont-ils devenus?
      Qu'as-tu fait de ta joie? Hélas! je ne vois plus
      Que deux fois sept tombeaux; et toi, désespérée,
      Tu voudrais de ta vie abréger la durée;
      Tu presses de tes bras ces marbres, sous lesquels
      Ta main de tes enfants mit les restes mortels.
      Telles gisent les fleurs que la faux a tranchées,
      Ou qu'au milieu des champs la tempête a couchées.
      Quel espoir te fait vivre? et qu'attends-tu du sort?
      Que ne fuis-tu plutôt ta douleur par la mort?
      Que fait ton arc? que fait ta flèche vengeresse?
      Ô Phœbus! et toi frappe, ô cruelle déesse!
      Par courroux pour son crime, ou sinon par pitié,
      Achevez Niobé, qui ne vit qu'à moitié.
      Un nouveau châtiment a sa faute expiée:
      Elle s'est en pleurant ses morts… pétrifiée.
      Sur le Sipyle elle est debout, marbre éternel;
      Mais sous la pierre vit son désespoir cruel.
      Ses larmes de douleur transperçant la montagne
      En limpide ruisseau tombent dans la campagne;
      L'oiseau, le fauve y boit: elle est là s'élevant
      À l'angle du rocher, triste jouet du vent.
      Ô sépulcre vivant, ô mort sans sépulture!
      Toi-même es ton cercueil, vivante est ta blessure!
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